Le traitement médiatique d’événements phares de l’actualité

 

  Attentat de Corse de 1999 :

Pour l’attentat en Corse, les premières éditions suivant l’événement, sont celles du samedi 7 et dimanche 8 février 1998.

Pour cet attentat, le volume éditorial est un peu moins important que pour l’attentat de RER à St-Michel (25 juillet 1995), mais les stratégies éditoriales du Monde, de Libération, et de France Soir sont assez uniformes.

Les trois quotidiens choisissent de mettre l’accent sur l’événement en faisant “monter” en Une et en lui consacrant les deux premières pages intérieures sous la forme de petits dossiers.

Les rubriques de ces dossiers sont diverses : “FRANCE et SOCIÉTÉ” pour le Monde, “LE DOSSIER DU JOUR” pour France-Soir, et “POLITIQUES” pour Libération.

Quelques remarques sur la forme donnée à ces différentes productions doivent être faites préalablement à leur analyse.

Tout d’abord, le volume global de la production journalistique consacrée à l’attentat du RER est un peu plus important.

Ceci peut s’expliquer par le fait que l’attentat fait beaucoup de victimes “anonymes”, affirme la journaliste de LCI, Audrey Crespo-Mara, lors d’une interview.

La peur sociale est ici beaucoup plus présente, ajoute cette dernière, car l’anonymat permet à tout un chacun de s’identifier aux victimes.

“Par ailleurs, la bombe explose au cœur de la capitale française dans un lieu qui frappe les esprits, puisque, c’est un lieu de déplacement physique quotidien.

Le préfet Erignac est en revanche, et de toute évidence, une victime importante du fait de son statut de représentant de l’État.

Mais, le préfet n’est justement pas anonyme. L’événement est donc symboliquement fort, car il remet en question l’idée même de l’unité de la nation, mais, il ne met pas en cause, l’existence même des lecteurs des quotidiens.

Autre remarque préalable : l’attentat du RER B semble avoir été commis par des terroristes “étrangers” et l’altérité attribuée à ses auteurs (ou à ses commanditaires) laisse le champ libre à un déchaînement discursif porté par l’émotion de la société.

La forme et le volume du discours indiquent déjà cette différence avec un attentat dû à un terrorisme interne.

Dans ce dernier cas, en effet, les journalistes semblent avoir plus de mal à parler de l’événement et à produire un discours quantitativement important.

Enfin, mais cela ne sera vraiment montré que par une analyse de discours plus fine, le “traitement” des victimes occupe beaucoup de place dans le premier cas, notamment, dans Libération et France-Soir.

L’attentat du RER ayant provoqué un grand nombre de victimes, le discours qui lui est consacré fait augmenter, presque automatiquement, le volume éditorial global.

Dans les articles consacrés au deux attentats, les titres construisent des perspectives de discours, qu’il est utile de mettre à jour, car elles indiquent la façon dont chaque journal aborde l’événement”, Audrey Crespo-Mara, article publié le 20 février 2014.

Il est intéressant de voir comment les journaux construisent “les figures” : les auteurs, les autorités de l’État, et des victimes.